Cette année, nous avons choisi de thématiser le séminaire autour de la question paradoxale de la mort dans les collections vivantes, et de ses multiples déclinaisons : la fin, la perte, la disparition, la dégénérescence…


Collections de zoologie de Sorbonne Université, site de Jussieu (Paris), espace d’exposition et réserves (Photo M. Roustan, avec l’aimable autorisation de Santiago Aragon)
SEMINAIRE OUVERT A TOU.TE.S. Au Muséum national d’histoire naturelle et à distance. Bâtiment d’entomologie, rez-de-chaussée. 45 rue Buffon, Paris (métro 5 Gare d’Austerlitz, ou métro 7 Jussieu ou Place Monge. bus 24 ou 89 arrêt Buffon-Jardin des Plantes). Sans inscription préalable.
Jeudi 14h-17h : 6 nov. 20 nov. 4 déc. 18 déc. 15 janv. 29 janvier 26.
Organisateurs : Serge Reubi, Maître de conférences HDR MNHN, CAK, Mélanie Roustan, Maître de conférences HDR MNHN, PALOC, Diane Courtin, Doctorante MNHN, PALOC
Contacts : serge.reubi@mnhn.fr, melanie.roustan@mnhn.fr, diane.courtin@mnhn.fr
Séance 1. Jeudi 6 novembre 25. 14h-17h. Muséum, Grand Amphi d’entomologie et en ligne : De la mort à la vie et réciproquement : la complémentarité entre collections vivantes et inertes
Que deviennent les éléments des collections vivantes quand ils meurent ? entrent-ils en collections inertes ? sous quelles formes ? À quelles conditions ? Comment les collections vivantes deviennent parfois des collections inertes… et comment réciproquement les collections inertes peuvent (ou non) servir à fabriquer des collections vivantes…
Diane Courtin, sciences du patrimoine, MNHN-Opus
“Un Jardin et ses galeries : les places complémentaires des collections de plantes vivantes et mortes au MNHN”
La plupart des jardins botaniques, institutions accueillant des collections de plantes vivantes, sont associés à des herbiers, soit des collections de plantes mortes. Le Jardin des Plantes de Paris, lieu d’implantation du Muséum national d’histoire naturelle, ne déroge pas à la règle. Dans les premières décennies suivant la fondation du Jardin royal des plantes médicinales en 1635, les parterres de plantes cultivées s’accompagnent déjà d’échantillons de matières médicales, en lien avec la fonction de l’établissement. Les histoires croisées des collections vivantes du jardin et des collections de botanique conservées en galeries posent une question dont la pertinence se maintient à travers les siècles : pourquoi une institution scientifique disposant de spécimens vivants nécessiterait-elle de rassembler des spécimens séchés ayant perdu certains des traits caractérisant leur espèce ? Cette communication s’attache à illustrer les qualités des deux typologies de collections, tour à tour distinctes et croisées, en s’attardant particulièrement sur leur complémentarité matérielle (échanges de spécimens entre les collections) et théorique (modèle d’enseignement et d’exposition à deux têtes).
Julien Bondaz, anthropologue, université Lyon 2, sur la collecte des oiseaux durant la mission Dakar-Djibouti, à partir de son ouvrage Poussière d’oiseaux. Une autre histoire de la mission Dakar-Djibouti (Editions B42, 2025)
Bibliographie complémentaire:
Hélène Blais, 2023, « Les jardins, lieux de savoir », dans L’empire de la nature : une histoire des jardins botaniques coloniaux, fin XVIIIe siècle-années 1930, Ceyzérieu, France, Champ Vallon, pp.160-242.
Julien Bondaz, Nélia Dias et Dominique Jarrassé, « Collectionner par-delà nature et culture »,Gradhiva, n° 23, 2016 : 28-49.
Julien Bondaz, « Volières féminines. Imagination ornithologique, « danses exotiques » et propagande coloniale dans l’Empire français (1889-1949) », Images Re-vues. Histoire, anthropologie et théories de l’art [En ligne], 21 | 2025 : Dossier thématique – Encagements genrés : femmes-oiseaux, cages dorées et érotismes plumassiers.
Jean-Marc Drouin, 2000, « Le jardin botanique: une image de la nature », Nature Sciences Sociétés, vol. 8, nᵒ 3, pp. 81‑82.
Robert E. Kohler, “Finders, keepers: Collecting sciences and collecting practice”, History of science, 45-4, 2007 : 428-454.
Lukas Rieppel, 2016, « Museums and Botanical Gardens » dans Bernard Lightman (ed.), A Companion to the History of Science, 1ʳᵉ éd., Hoboken, Wiley, pp. 238‑251.
Nicolas Robin, 2008, « The Influence of scientific theories on the design of botanical gardens around 1800 », Studies in the History of Gardens & Designed Landscapes, vol. 28, nᵒ 3‑4, pp. 382‑399
Séance 2. Jeudi 20 novembre 25. 14h-17h. Muséum, Petit Amphi d’entomologie et en ligne (lien de connexion) : Graines et gamètes. Collectionner pour lutter contre la finitude du vivant ?
Comment la collection du vivant “en puissance” est-elle reliée à la crainte de sa dégénérescence ? Physiquement et métaphysiquement ? Qu’est-ce qui pousse à collectionner des graines ou à converser des gamètes ? Y a-t–il une spécificité des collections de cellules germinatives ?
Clémence Pagnoux, archéobotaniste, MNHN, responsable scientifique de la carpothèque de l’herbier
“Collections de références et collections patrimoniales de graines : garder la trace du vivant”
Pourquoi collecter et conserver les graines ? Au-delà des banques de graines vivantes dont le rôle est de conserver la biodiversité cultivée et sauvage, les collections de graines, et plus largement de fruits, répondent à des enjeux de différents types : collection de référence pour identifier des spécimens fossiles comme récents, spécimens typiques d’une espèce ou au contraire visant à rendre compte de la variabilité au sein d’une espèce, etc. L’enjeu n’est pas de garder ces graines vivantes, mais de garder la trace du vivant et de permettre la caractérisation du vivant d’une période passée, disparu. Il peut être, également, de conserver la trace de l’usage de graines ou de fruits : la collection d’objets devient illustrative.
Yolinliztli Pérez-Hernández, anthropologue, université de Berne
“Suspendre le vivant pour conjurer le déclin. L’autoconservation ovocytaire et les temporalités du possible”
Cette présentation interroge l’autoconservation ovocytaire comme pratique de mise en réserve du potentiel vital, à l’intersection de préoccupations individuelles, biomédicales et politiques face à la finitude. À partir d’une enquête ethnographique de vingt mois dans des laboratoires de fécondation in vitro en France et d’entretiens avec des femmes ayant recours à la cryoconservation ainsi qu’avec des professionnel·les de la reproduction, j’explore comment se matérialisent de nouvelles économies du vivant orientées vers l’avenir. J’analyse trois déplacements conceptuels. D’abord, la congélation des ovocytes permet une dissociation entre vie biologique et vie biographique, où le devenir reproductif peut être différé, distribué et négocié. Ensuite, cette suspension de la reproduction ouvre un régime temporel singulier : un futur conditionnel où le vivant est placé en attente, entre actualisation possible et virtualité maintenue. Enfin, l’intégration institutionnelle et financière de cette technique au sein du système de santé français participe d’une reconfiguration biopolitique : l’infertilité y apparaît comme symptôme d’un déclin national et la préservation des gamètes comme stratégie de lutte contre l’épuisement démographique. En mettant en lumière ces agencements, cette communication interroge la manière dont la conservation du vivant réagence les rapports au temps, aux corps et au collectif, et comment elle participe à redéfinir ce que signifie « continuer la vie » dans une société confrontée à la possibilité de sa propre fin.
Bibliographie complémentaire
Pagnoux C. (2019), “Fruitiers connus et cultivés en Grèce du Néolithique à l’époque romaine. Confrontation des données archéobotaniques et des sources écrites”, ArchéoSciences 43 (1), p.27-52.
Pérez-Hernández, Y. (2021). Toutes les femmes qui congèlent leurs ovocytes ne veulent pas forcément d’enfant. The Conversation.
Pérez-Hernández, Y. & Rozée, V. (2019), “L’autoconservation ovocytaire en France: analyse d’une pratique biomédicale controversée”, 28, Revue ¿ Interrogations ?
Tirard Stéphane, Histoire de la vie latente. Des animaux ressuscitants du XVIIIe siècle aux embryons congelés du XXe siècle, Paris, Vuibert, 2010, 122 p.
Séance 3. Jeudi 4 décembre 25. 14h-17h. Muséum, Petit Amphi d’entomologie et en ligne : Revitalisations/dé-extinctions : redonner vie grâce aux collections
Quels liens les collections vivantes entretiennent-elles avec les mondes disparus et plus largement avec les temporalités du passé ? Ou encore : dans quelle mesure des collections sont-elles constituées ou utilisées à des fins de dé-extinction ? de revitalisation ? de réparation de destructions antérieures ?
Denis Larpin, Valérie Priolet et Sophie Kling, MNHN, responsables de collection, sur la conservation d’espèces disparues ou menacées au sein de jardins botaniques à partir de matériel vivant (graines, semences, boutures…) et de clonage…
“Les collections végétales des jardins botaniques du MNHN”
Aggée-Célestin Lomo Myazhiom, université de Strasbourg, et Elise Pape, EHESS, sur la réhumanisation des collections de restes humains dans le cadre de restitution
“Des noirs et des hommes : histoire et mémoire entre l’Afrique et l’Alsace. Provenance, réparations et restitutions : à propos des restes humains africains issus de l’époque coloniale allemande dans les collections de l’Université de Strasbourg”
« […] Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au vingtième siècle l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème ; l’Europe le résoudra ». Victor Hugo.
« Il n’y a pas de culture du monde qui puisse prétendre être pure et sauve de l’Autre », Edouard Glissant
Ce propos liminaire d’Édouard Glissant plante le décor, de la Caraïbe à l’Europe, de l’Afrique aux Amériques, des traversées, des parcours de dissidences, des combats et des conquêtes de la dignité. Il souligne la « globalisation » et l’interpénétration d’espaces culturels au-delà des logiques identitaires réductrices issues des périodes coloniales. En un sens, le dire glissantien pose la question suivante : comment re-enchanter le monde à travers la « Poétique de la relation » ? Que révèlent, chez les peuples mis en relation, les mutations sociales et leurs ajustements, les ancrages « traditionnels » et leurs adaptations ? Comment sortir de l’histoire lacrymale et du victimethon afin de remettre le passé à « l’endroit » ? Car l’histoire des « restes humains coloniaux », un parcours autour des chantiers de la mémoire (P. Valéry), de la mémoire en lambeaux, une mémoire des débris, des détritus. Au-delà des questions des perceptions et représentations du passé colonial, comment ce dernier s’ancre-t-il au temps présent ? La communication, qui évoque le colonial et le post-colonial, s’adossera sur la collection de « restes humains » africains conservés au sein de l’Institut d’Anatomie de l’Université de Strasbourg proviennent des colonies allemandes en Afrique (Sud-Ouest Africain, l’Afrique orientale allemande, le Kamerun et le Togo), anglaises (Soudan et Sierra Leone) et Belge (Congo). À ces « restes » principaux (150) qui sont rentrés dans entre 1892 et 1912 (durant l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne), on retrouve 12 autres « restes humains » entrés avant 1872. Soulignons que durant la période coloniale, la présence de restes humains africains dans les collections européennes ou américaines relève du principe de la domestication de l’altérité, de la déshumanisation et de la hiérarchisation raciale (A. Gobineau, C. Richet…) dans un univers des totalitarismes (R. Jaulin). Un reste humain est-il une « pièce » ? Quelles modalités de désignations pour ces collections ? Quels regards portés sur ces « corps africains » ? L’objet de notre intervention dans une perspective fannonienne, tout en évoquant les enjeux de la mémoire de la colonisation de l’Afrique par l’Europe, sera d’explorer les questions liées à la collecte des restes humains, les processus de dénomination, le travail de mémoire et la dimension de l’ancestralisation.
Séance 4. Jeudi 18 décembre 25. 14h-17h. Muséum, Grand Amphi d’entomologie et en ligne : (Mises à) mort animales au zoo : tuer pour conserver les collections vivantes ?
Quelles logiques sous-tendent les pratiques de mise à mort dans les parcs zoologiques, lieu par excellence de conservation de collections vivantes ? En quoi les mises à mort d’animaux intègrent-elles les logiques de conservation du vivant ? Quelles différences entre morts naturelles, abattages et euthanasies?
Mélanie Roustan, anthropologue, MNHN, à partir de son ouvrage L’animal captif et la nature sauvage. Une ethnographie du Parc zoologique de Paris (Presses du réel, 2025)
Jean Estebanez, géographe, Université Paris-Est Créteil, à partir de son ouvrage Zoos. Aux lisières du domestique (Ed. du CNRS, 2025)
Bibliographie complémentaire :
Jean Estebanez, “La vie sans la mort. Qu’est-ce qu’un élevage au zoo ?”, Frontières, vol. 30, n° 19, 2019. Présentation vidéo de cet article ici.
Mélanie Roustan, « (Dé)chiffrer l’animal sauvage. De l’administration numérique des collections vivantes en parcs zoologiques », Gradhiva, 36 | 2023, 86-107.
Séance 5. Jeudi 15 janvier 26. 14h-17h. Muséum, Grand Amphi d’entomologie et en ligne : Quand il n’en reste qu’un… la fin de la collection ?
Le départ des objets est-il la fin de la collection ? La fin de la collection est-elle la nouvelle vie de l’objet? Nous discuterons des phénomènes de “dé-collections”, des collections qui se vident… de l’angoisse de leur disparition qui semble avoir remplacé le désir de sauvegarde qui les animait… Il sera aussi question des ambivalences du soin porté aux collections et du vide laissé sur place par leur constitution.
Anja Laukötter, historienne, University of Jena (currently guest professor at the German Historical Institute London and the London School of Economics and Political Sciences)
“The Colonial Idea of Rescue and Museum’s destruction: Colonial Collections and its legacies in the Modern Era”
While European collectors, ethnologists, and anthropologists traveled to colonial territories around the turn of the twentieth century to “rescue” the life of cultural objects from perceived decline and preserve them in museums under supposedly scientific conditions, historical records reveal a troubling reality behind these institutions. The everyday existence of these collections was marked by dust, pests, fire, theft, overcrowded storage, and careless handling—all contributing to the deterioration of the very objects meant to be safeguarded. Despite the supposed security of museums, there were no guarantees for the preservation of the artifacts removed from their original contexts. This cultural extractivism that began in the colonial era not only led to the destruction and death of many objects but continues to have lasting consequences today.
Serge Reubi, autour du roman de Pascal Janovjak Le zoo de Rome
Bibliographie complémentaire:
JARDINE B, KOWAL E, BANGHAM J. “How collections end: objects, meaning and loss in laboratories and museums”. BJHS Themes. 2019;4:1-27. doi:10.1017/bjt.2019.8
Séance 6. Jeudi 29 janvier 26. Séance à huis clos, discussions sur les travaux étudiants en cours. 14h-17h. Grand Amphi d’entomologie